
Red Cavaney est président-directeur général de l’American Petroleum Institute, un organisme commercial de l’industrie pétrolière; dans un récent rapport sur l'éventuel mythe de la fin de la production de pétrole, il nous sert un discours pro-pétrole édifiant.
Comment se passer de "notre" confort, oublier la voiture, les bienfaits si nombreux apportés par l'exploitation du pétrole depuis le 19ème siècle ? Pour lui c'est insensé et impossible; d'ailleurs les réserves seraient loin d'être épuisées, nous trouverons toujours suffisamment de moyens techniques pour pouvoir exploiter le moindre goutte de cet 'or noir'.

Évidemment il ne mentionne jamais les dommages causés à la nature, à l'atmosphère; la situation catastrophique et irréversible vers laquelle nous mène cette consommation effrénée et outrancière des réserves en énergies fossiles.
Non non; il ne faut pas remettre en cause ce modèle économique si bienfaiteur et surtout si rentable...
Quid du réchauffement climatique, des pollutions causées par l'extraction, la transformation, la consommation de ces résidus organiques.
Et puis si l'on venait à manquer de pétrole, il restera encore pour des siècles et des siècles de stock d'hydrates de méthane, un gaz à très fort effet de serre ( cf http://www.cea.fr/fr/pedagogie/EffetDeS ... ponse1.htm ):
Je vous laisse déguster ce nectar d'objectivité:Les gisements d’hydrates de méthane sont si vastes que lorsque nous développerons les technologies qui permettront leur mise sur le marché, nous aurons une énergie brûlant sans résidus pendant 2000 ans. C’est juste l’un des scénarios excitants qui pourraient se réaliser dans un avenir lointain. Mais nous n’y serons pas de sitôt et, jusque là, l’âge du pétrole continuera.
Une fois de plus, nous entendons dire que la production mondiale de pétrole est sur le point d’atteindre son pic et que nous allons devoir faire face à un déclin régulier des réserves de pétrole qui alimentent l’économie mondiale. Ces inquiétudes ont été régulièrement exprimées depuis des années mais ont toujours été en contradiction avec les réalités de l’énergie et de l’économie. C’est encore le cas aujourd’hui.
Prenons en compte quelques faits historiques : en 1874, le géologue en chef de Pennsylvanie a prédit que nous serions à court de pétrole en quatre ans - seulement en l’utilisant pour fabriquer du kérosène. Il y a trente ans, des groupes comme le club de Rome avaient prédit la fin du pétrole pour bien avant aujourd’hui. Ces prédictions étaient fausses car, presque chaque année, nous avons trouvé plus de pétrole que nous n’en avons consommé et les réserves de pétroles ont continué d’augmenter.
Le monde consomme approximativement 80 millions de barils de pétrole par an. On estime que la demande en pétrole va augmenter d’environ 50% d’ici 2030 pour atteindre 121 millions de barils par jour, même avec des améliorations significatives de l’efficacité énergétique. L’International Energy Agency affirme que les ressources sont suffisantes pour faire face à la demande pour au moins les trente prochaines années.
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Réparation de la pompe d’un puits de pétrole, Irak.
Crédit photo : Ceerwan Aziz/REUTERS©2004
Le facteur-clé ici est la technologie. Les avancées technologiques révolutionnaires des dernières années ont considérablement augmenté les capacités des compagnies à trouver et à extraire le pétrole - et, ce qui est particulièrement important, à récupérer plus de pétrole dans les gisements existants. Au lieu de connaître un pic de production, les champs pétroliers existants ont un rendement plus élevé que par le passé. Parmi les avancées technologiques, on peut citer les suivantes :
- Le forage directionnel. Avant, les puits de forage étaient en gros des trous verticaux. A cause de cela, il était nécessaire de creuser pratiquement juste au-dessus d’un gisement potentiel. Cependant, l’arrivée des ordinateurs miniaturisés et des capteurs avancés pouvant être installés sur le trépan permet maintenant aux compagnies pétrolières de forer des puits directionnels avec une grande précision dans la mesure où elles peuvent avoir des informations en temps réel sur le sous-sol durant tout le processus de forage.
- Le forage horizontal. Le forage horizontal est similaire au forage directionnel, mais le puits est creusé de manière horizontale depuis le centre du gisement de pétrole ou de gaz naturel. Les premiers puits horizontaux pénétraient seulement sur une distance de 150 à 250 mètres latéralement mais les avancées technologiques ont permis récemment a un exploitant de North Slope de creuser horizontalement dans un gisement sur 2400 mètres. De plus, les forages horizontaux peuvent être exploités avec un rendement jusqu’à 10 fois plus élevé que les puits conventionnels.
- La technologie sismique 3-D. Les importantes avancées dans le domaine de l’informatique ces vingt dernières années ont permis à l’industrie de voir de manière beaucoup plus claire ce qui se trouve sous la surface. La capacité de traiter un grand nombre d’informations pour produire des images sismiques tri-dimensionnelles a amélioré de manière significative les chances de succès des forages de l’industrie. C’est en grande partie à cause de ces avancées que l’U.S. Geological Survey (USGS), dans son World Petroleum Assessment de 2000, a augmenté de 20% ses estimations sur les ressources de pétrole techniquement récupérable encore à découvrir. Selon l’USGS, depuis que le pétrole est devenu une source d’énergie majeure, il y a environ 100 ans, on a produit 539 milliards de barils en dehors des Etats-Unis. L’USGS estime qu’il y a 649 milliards de barils de pétrole techniquement récupérable encore à découvrir hors des Etats-Unis. Mais, plus important encore, ils estiment qu’il y aura 612 milliards de barils supplémentaires provenant de la « croissance des réserves » - presque autant que les ressources encore à découvrir. La croissance des réserves a diverses origines, parmi lesquelles les avancées technologiques en matière d’exploration et de production, les augmentations par rapport à des estimations initiales pessimistes de l’état des réserves et les changements économiques.
Les estimations de l’USGS sont le reflet de plusieurs facteurs :
- A mesure que les forages et la production progressent dans les champs pétroliers existant, on découvre de nouveaux gisements et réservoirs jusque là inconnus.
- Les progrès des technologies d’exploration rendent possible l’identification de nouveaux objectifs dans les champs existants
- Les progrès des techniques de forage rendent possible l’extraction de pétrole et de gaz qui n’étaient pas considérés comme récupérables dans les estimations initiales des réserves.
- Les techniques de récupération améliorées augmentent les réserves dans les champs existants.
Ici, aux Etats-Unis, nous ne sommes pas encore à court de pétrole, il reste de vastes réserves potentielles de pétroles et de gaz naturel à exploiter. Selon les dernières estimations gouvernementales publiées, il reste encore plus de 131 milliards de barils de pétrole et plus de 1.000 billions de mètres cubes de gaz naturel à découvrir aux Etats-Unis (voir carte p.13). Cependant, 78% du pétrole et 62% du gaz devraient être découverts sous la surface de terres fédérales - qui pour la majorité ne sont pas des parcs nationaux ou des zones protégées - et sous les eaux côtières. Alors qu’il y a du pétrole en abondance dans le sol, les compagnies pétrolières doivent attendre une autorisation pour pouvoir faire des investissements importants pour le trouver et l’extraire.
L’Energy Information Administration américaine prévoit que les combustibles fossiles continueront de dominer la consommation d’énergie du pays et que le pétrole et le gaz naturel représenteront encore deux tiers de cette consommation en 2025, combien même l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables se développeront plus rapidement que jusqu’à présent. Cependant, les énergies renouvelables n’en sont qu’à leur début ; et la part importante de la consommation énergétique représentée par le pétrole, le gaz naturel et le charbon en 2025 sera presque identique à celle de 2003. Ceux qui bloquent le développement du pétrole et du gaz naturel ici aux Etats-Unis et ailleurs, augmentent seulement la difficulté à satisfaire la demande en pétrole, en gaz naturel et en produits dérivés du pétrole. Il n’est pas surprenant de constater que ceux qui prévoient la fin du pétrole sont les mêmes personnes qui s’opposent partout à son développement et à celui du gaz naturel.
Si l’on ne réussit pas à développer les ressources en pétrole et en gaz naturel potentiellement importantes qui restent dans le monde, le coût économique sera élevé. Nous devons reconnaître que nous vivons dans une économie mondialisée et qu’il existe un lien fort entre l’énergie et la croissance économique. Pour maintenir la croissance économique, ici aux Etats-Unis, en Europe et dans les pays en voie de développement, nous devons utiliser une énergie bon marché. Nous avons besoins de toutes les sources d’énergie. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe de nous limiter à une seule source et d’exclure les autres. Nous ne pouvons pas non plus nous permettre d’abandonner notre principale source d’énergie avant d’avoir trouvé des alternatives compétitives au niveau des prix et immédiatement disponibles. Réfléchissons à la manière dont le pétrole améliore notre qualité de vie - stimulant la croissance et la création d’emplois dans l’industrie et le commerce, rafraîchissant et chauffant nos maisons et nous emmenant là où nous devons aller. Ici aux Etats-Unis, le pétrole fournit environ 97% du carburant de transport, qui propulse pratiquement toutes les voitures et les camions roulant sur les autoroutes de notre pays. Ajoutons à cela les plastiques, les médicaments, les engrais et les innombrables autres produits dérivés du pétrole qui étendent et améliorent notre qualité de vie. En réfléchissant à nos futurs besoins en énergie, nous devons également comprendre que les automobiles fonctionnant à l’essence ont été le moyen de transport dominant du siècle dernier - et le choix de centaines de millions de personnes dans le monde. Quel que soit le carburant, l’automobile - qui sera probablement conçue bien différemment d’aujourd’hui - restera le choix des consommateurs pour les déplacements personnels pour les décennies à venir. Les consommateurs accordent beaucoup de valeur à la liberté de mouvement et à l’indépendance qu’elle leur procure.
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Les Etats-Unis - et le monde - ne peuvent pas quitter l’âge du pétrole avant que des solutions de remplacement réalistes ne soient bien implantées. Il est important de se rappeler que l’homme n’a pas quitté l’âge de pierre parce qu’il était à court de cailloux - et nous ne quitterons pas l’âge du pétrole parce que nous en manquerons. Oui, un jour le pétrole sera remplacé, mais sûrement pas avant qu’ait été trouvée une énergie de remplacement - une énergie plus fiable, plus souple dans ses applications et à prix plus compétitif que le pétrole. Nous pouvons faire confiance au marché de l’énergie pour déterminer quels seront les substituts les plus efficaces. Alors que nous planifions notre futur énergétique, nous ne pouvons pas non plus nous permettre d’ignorer les leçons de l’histoire récente. Au début des années 1970, de nombreux décideurs dans le domaine de l’énergie étaient persuadés que le pétrole et le gaz naturel seraient bientôt épuisés et la politique du gouvernement était explicitement de « guider » le marché vers une transition en douceur pour passer de ces carburants à des sources d’énergie plus durables. Le contrôle des prix, les plans de répartition, la limitation de la production de gaz naturel, les subventions massives pour les carburants de synthèse et d’autres mesures ont été mis en place et fortement financés. Malheureusement, on reconnaît maintenant que les prémisses clés sur lesquelles étaient basés ces programmes, à savoir que le pétrole était bientôt épuisé et que l’intervention du gouvernement était préférable pour accomplir une transition sûre vers de nouvelles sources d’énergie, étaient clairement erronées - et que cela a entraîné des erreurs particulièrement coûteuses.
Un jour, dans un futur éloigné, le pétrole ne sera plus la source d’énergie dominante dans le monde. Nous ne pouvons que spéculer sur quand et comment cela arrivera. Il existe par exemple un hydrocarbure encore plus important qui peut être développé pour fournir des quantités presque infinies d’énergie : les hydrates de méthane (le méthane piégé dans des cristaux de glace). Les gisements d’hydrates de méthane sont si vastes que lorsque nous développerons les technologies qui permettront leur mise sur le marché, nous aurons une énergie brûlant sans résidus pendant 2000 ans. C’est juste l’un des scénarios excitants qui pourraient se réaliser dans un avenir lointain. Mais nous n’y serons pas de sitôt et, jusque là, l’âge du pétrole continuera.
Red Cavaney est président-directeur général de l’American Petroleum Institute, un organisme commercial de l’industrie pétrolière.



