Source:http://www.ledevoir.com/2005/12/06/97062.html
On a remplacé les CFC par les HCFC-22 qui génèrent des HCFC-23... un gaz à effet de serre extrêmement puissant.
Les enjeux politiques dans la Conférence internationale de Montréal sur le climat masquent certains enjeux plus techniques, mais lourds de conséquences pour le climat. Le cas des HCFC-23 en est un bon exemple. Mieux, il illustre comment une solution dans un domaine peut devenir un problème dans un autre.

Pour limiter les dommages au principal filtre solaire de la planète, les pays membres du protocole de Montréal sur la protection de la couche d'ozone ont convenu de faire disparaître les fréons du type CFC et les halons. Parmi les produits de substitution aux CFC, on trouve le HCFC-22, une molécule moins dommageable à la couche d'ozone, mais qui fait néanmoins assez de dommages à la couche d'ozone pour que sa disparition ait été méticuleusement planifiée. Les pays occidentaux vont cesser de produire et d'utiliser les HCFC-22 en 2007, mais les pays en voie de développement ont jusqu'en 2015 avant que l'interdit total n'entre en vigueur.
Mais un autre type de dommages est associé aux HCFC-22. En effet, quand on fabrique des chlorodifluorométhane (CHClF2) ou HCFC-22, les procédés de fabrication génèrent et laissent échapper une autre molécule, le trifluorométhane (CHF3) ou HCFC-23 de son nom... familier.
Le problème avec les HCFC-23, c'est qu'ils restent 100 ans dans l'atmosphère et que leur pouvoir de captage des rayons solaires, c'est-à-dire leur pouvoir comme gaz à effet de serre (GES), est de 11 700 fois celui d'une molécule de carbone (CO2). C'est la raison pour laquelle on les a inclus dans la liste des six gaz à effet de serre régis par le protocole de Kyoto.
Là où cela ne va plus, explique au Devoir Steve Sawyer, le chef de la délégation de Greenpeace International, c'est qu'il est facile de détruire ce sous-produit de fabrication que sont les HCFC-23 et que cela devrait se faire dans le cadre des activités ordinaires de contrôle de la pollution au lieu d'ouvrir la porte trop facilement à des crédits d'émissions de GES.
Ce que craint Greenpeace International, c'est que des pays en développement comme la Chine favorisent la production de HCFC-22 plutôt que des produits de substitution éprouvés pour obtenir des crédits d'émissions très payants pour détruire les HCFC-23, ce qu'on peut faire avec un bon vieux brûleur classique. Simple et pas cher.
Le «mécanisme de développement propre» ou MDP, mis en vigueur la semaine dernière par l'adoption des accords de Marrakech, permet à des pays développés d'investir dans des pays en développement dans des initiatives destinées à y réduire les GES. Il deviendra payant, explique Steve Sawyer, pour des pays comme la Chine d'attirer des investissements pour faire financer par le MDP la destruction de ces gaz à effet de serre alors que cela ne coûte à peu près rien pour le faire.
«Cet argent, explique le chef de la délégation de Greenpeace, serait beaucoup mieux investi dans des projets d'éolien, de puits de carbone ou d'autres initiatives qui vont soustraire au bilan international des gaz à effet de serre dont la disparition serait normalement trop coûteuse. À la limite, cela pourrait devenir si payant de vendre ou d'acquérir ces crédits qui ne coûtent rien, qu'on pourrait assister à une augmentation de cette production en Chine. Ce serait très mauvais pour le climat et aussi pour la couche d'ozone. Il faut donc empêcher par une décision de la plénière de Montréal que la destruction des HCFC-23 ouvre la porte à des crédits ou des projets sous l'empire du MDP pour que l'argent aille à de vrais projets.»
Si cette proposition est acceptée, estime Steve Sawyer, la Chine trouvera les HCFC-22 moins attrayants. Elle pourrait donc équiper ses grands édifices multilogements de climatiseurs fonctionnant plutôt avec du méthane comme gaz réfrigérant, comme on le fait partout en Europe, en Amérique Latine et en Asie, sauf en Amérique où les molécules plus chères comme les HCFC-22 monopolisent le marché des compresseurs de frigos, de climatiseurs et de pompes à chaleur. En plus d'effectuer, sauf en Amérique du Nord, un retour massif aux hydrocarbures simples et peu dispendieux comme le méthane, l'industrie internationale de la réfrigération revient à une des plus vieilles technologies connues, l'ammoniaque, un produit courant et facile à détecter en cas de fuite.
